REFLEXION BUJINKAN

Les réflexions d'un Shidoshi-Hô


Poster un commentaire

Notre façon de pratiquer et égale à nous même

Je commencerai cet article par cette citation :

« Les arts martiaux sont comme un miroir, dans lequel vous vous regardez avant de vous laver le visage le matin. Vous vous voyez, simplement, tels que vous êtes. »

Jiddu Krishnnamurti

Lorsque l’on analyse nos pratiques, on peut remarquer qu’effectivement, nous pratiquons les arts martiaux de la même façon que nous vivons. Et que notre pratique reflète donc notre véritable caractère.

Durant mes quelques années de pratique, j’ai pu remarquer que ceci est vrai pour les bons, mais aussi les mauvais cotés des gens.

Par exemple, quelqu’un de persistant dans la vie de tous les jours, le sera dans son apprentissage. Et n’hésitera pas à répéter les mouvements ou les techniques jusqu’à bien les ressentir, les comprendre et les effectuer de façon correct.

Quelqu’un de hautain à l’extérieur du dojo, le sera également dans sa pratique. Son arrogance, fera qu’il travaillera seulement avec des personnes à peu près égale en terme de grade, voir parfois uniquement avec ceux d’un grade supérieur au sien. Il délaissera complétement les autres pratiquants et ne leurs adressera même pas la parole en dehors de l’entraînement.

Une personne pédante, pourra faire une discrimination via l’échelon social (ce qui va à l’encontre de la pratique des arts martiaux, selon moi). J’avais été choqué d’apprendre que lors d’un stage, une personne au début du travail de chaque technique, demandait à son partenaire le métier qu’il faisait. Et si ce n’était pas assez bien (si c’était un électricien par exemple), il changeait de partenaire, ne s’entraîner plus avec et ne lui adresser plus la parole. Ce qui était inquiétant, c’est que c’était une pratique récurrente à un grand nombre de membres d’un même dojo. Chose que j’ai testé par moi même plus tard et  qui m’a laissé bouche bée.

Des exemples positifs ou négatifs, comme ceux-ci pourraient se faire par centaines. On pourrait parler des personnes « généreuses », « rigoureuses », « avides de connaissances », « honnêtes », « combatives », « avides d’argent », « laxistes », « menteuses », « narcissiques », « impatientes »…

Ces traits de caractères sont encore plus flagrant chez les instructeurs. Car leurs façons d’être se répercutent sur l’enseignement qu’ils dispensent et donc sur leurs élèves.

Il y a une autre citation qui s’applique alors :

On a les élèves que l’on mérite.

Pierre Desproges (?)

Les différents professeurs attireront et garderont fidèlement, des personnes qui auront en partie les mêmes traits de caractères et/ou valeurs qu’eux.

Je vous invite à observez les pratiquants autour de vous lors des entraînements, et vous connaîtrez ainsi leurs caractères profonds.

Toutefois ne chercher pas la personne parfaite, elle n’existe pas. Vous trouverez toujours des défauts quelque soit la personne. Moi même, j’avoue en avoir un grand nombre. Mais en avoir conscience, permet de travailler sur soi-même, dès lors que l’on en a la volonté.

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu

Publicités


1 commentaire

Qu’apporte le Bujinkan ?

C’est une question, que j’avoue m’être posé que de façon succincte. Sans vraiment cherché de réponse précise à cette question, depuis les quelques années que je pratique. Je me suis, simplement, laissé porter par le bien être que je pouvais ressentir.

Au mois d’octobre l’année dernière, c’est une question qui m’a été posé lors d’une interview radio et rebelotte la semaine dernière par une journaliste du Dauphiné Libéré.

C’est suite à cela, que j’ai décidé d’y réfléchir sérieusement et c’est le pourquoi de cet article.

Je pense, que le Bujinkan Budô Taijutsu, apporte des choses différentes d’une personne à l’autre.
Selon la façon de pratiquer, la régularité des entraînements, la propre sensibilité du pratiquant et les raisons qui l’on emmener vers la discipline.

C’est pourquoi j’essayerai de faire le tour de la question d’une façon global.

Nous pratiquons un art martial, qui n’a pas dégénéré en sports de combats (comme le Karaté ou le Judo), grâce à l’absence de compétition. Ce qui à pour conséquence, un entraînement physique peu poussé. Il s’agit principalement d’entretien physique et rarement de véritable renforcement musculaire.

Toutefois, les quelques abdos, pompes, gainages et autres joyeusetés physiques que nous effectuons, suffisent à nous sentir bien physiquement. Lors des cours, nous avons aussi quelques étirements/assouplissements, qui nous aident à garder le minimum de souplesse dont le corps a besoin. Le but rechercher par l’entretien physique est le bien être !

Dans l’entraînement technique, nous interagissons avec uke, en recherchant la meilleure manière de nous mouvoir. Nous avons parfois mal (par exemple sur les clés/torsions, les frappes sur certains kyusho). Nous recherchons, parfois, à créer une désorientation (sensorielle, psychologique).

On peut alors dire, que le Bujinkan nous apporte, une meilleure compréhension et gestion de l’espace, une maîtrise du geste, un apprentissage de la douleur et un dépassement de ses limites physiques et psychologiques.

Au fur et mesures des années de pratique, on voit que certains mouvements (dans un sens général), certains principes que nous étudions, peuvent s’effectuer dans certains cas plus réel. Cette réalité, c’est notamment la self-defense.

Se serait mentir, si l’on disait qu’un débutant, pourrait transposer la totalité de ce que nous apprenons sur la self-defense. Mais les principes de bases, qui sont d’aller au plus simple, là où ça fait mal (yeux, testicules, rotules,…) et de s’enfuir avant que l’agression s’envenime d’avantage. Resteront les mêmes, quelque soit la discipline que l’on adoptera dans l’objectif de travailler l’acquisition de réflexes pour la self-defense. Ce qui se rapporte à notre discipline et qui sera long à venir, concerne principalement les déplacements et la gestion de la distance.

Personnellement, pour avoir testé cette année en cours. Le travail le plus intéressant en self-defense, et d’avoir des attaques variés provenant de différentes disciplines (ou d’instinct) et à vitesse proche du réel (ce qui se rapproche le plus possible de la réalité). Mais j’y trouve sans intérêt, tant qu’un niveau minimum n’est pas atteint dans le Bujinkan. Par contre, il est possible de travailler les bases que j’ai cités dans le paragraphe au-dessus. Il existe d’autres principes de bases en self, qui tiennent plus de la prévention, et que je laisse volontairement de coté sur cet article (en self-defense, la plus grosse partie passe par la prévention).

On trouve aussi des choses qui peuvent servir dans la vie de tous les jours. Comme par exemple, les ukemi (roulades/brises-chutes). L’hiver dernier, un élève est venu me voir et m’a dit : « je ne pensais pas que ça pourrait servir un jour. Mais j’ai glissé ce matin sur une plaque de verglas, et j’ai eu le réflexe de faire une roulade comme on les a apprise. Ça m’a éviter de me faire mal. »

Quand on pousse un peu plus loin dans l’apprentissage de la discipline, on voit que chaque année, Soke Masaaki Hatsumi, lance des sujets/thèmes un peu plus spirituel/philosophique.

J’entends par là que Soke, cherche peut être à nous enseigner une façon de voir les choses ou de les vivres, à travers ce qu’il peux dire (ou écrire dans ses livres). Pour nous aider à améliorer notre pratique du Bujinkan et notre humanité. Il nous laisse lire entre les lignes, chacun de notre coté (ou parfois avec quelques précisions, donné aux Shihan qui ont pour rôles de relayer l’infos aux autres pratiquants, qui n’ont pu avoir la chance d’aller s’entraîner au Japon).

Par exemple, il y a quelques temps, on a beaucoup parlé du « Kokoro » (qui se traduit par « cœur ») et de tous ce qu’il y a autour (les autres définition pouvant être donner à ce mot, les différentes interprétations,…).
Avec ma sensibilité personnel, je pense qu’il a voulu (entre autre) lancer un appel, pour que les pratiquants pensent (et pratiquent) d’avantage avec le cœur, plutôt qu’avec la tête ou le portefeuille (malheureusement ça existe). Que nous ayons un esprit ouvert avec les autres et recherchions une certaine compréhension. C’est aussi, peut-être un appel à la paix et à l’honnêteté entre pratiquants, mais aussi envers lui (et les enseignements qu’ils nous donnent).

Il est possible que je sois dans le faux, concernant cette interprétation ?!
C’est pourquoi votre interprétation m’intéresse également sur ce sujet, si elle est différente.

Voilà, je crois avoir fait le tour général et expliquez les différentes façettes du Bujinkan Budô Taijutsu.

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu


20 Commentaires

Le Bujinkan et le Ninjutsu

Lorsque l’on parle de « ninjutsu » on fait souvent le rapprochement avec les différents ensembles d’écoles issues du Takamatsuden que sont le Jinenkan, le Genbukan et le Bujinkan.

Nous parlerons plus précisément du Bujinkan, cela va de soit, mais les réflexions et les questionnement qui suivent sont valables pour les deux autres disciplines.

Il est vrai que le Bujinkan se compose de 9 écoles d’arts martiaux différentes, dont 3 de ninjutsu. Il s’agit des écoles « Togakure Ryu Ninpo », « Gyokushin Ryu Ninpo » et « Kumogakure Ryu Ninpo ».

Il faut savoir que la principale des 3 écoles qui a été enseigné, fût le « Togakure Ryu Ninpo ». Ce fût d’ailleurs le thème de l’année 2008.

Toutefois est-ce que les pratiquants du Bujinkan, pratique le ninjutsu ?

Pour se faire une vague idée d’une réponse, il faut d’abord replacer certaines réalités et certains contextes.

Hatsumi Masaaki Soke, lorsqu’on lui a posé la question,  a dit ne plus enseigner le ninjutsu depuis plus de 15 ans. Lorsqu’il a tenu ces propos, cela correspondait au changement de nomination du Bujinkan.

Notre discipline a évolué avec le temps. Elle c’est nommé « Bujinkan Ninpo Taijutsu » pour enfin aboutir vers 1995-1996 à l’actuel nom de « Bujinkan Budo Taijutsu ».

Ce qui est sûr c’est qu’à l’heure actuelle, nous sommes tous diplômé de « Bujinkan Budo Taijutsu » et pas d’autre chose sur nos diplômes délivrés au Japon par Masaaki Hatsumi Soke.

Aujourd’hui, quand on parle de l’école « Togakure Ryu », c’est surtout par rapport à des principes ou des déplacements applicables par transposition aux 8 autres écoles que nous apprenons. Peu de dojos pratiquent les techniques contenues dans cette école qui comprend aussi la grimpe et la dissimulation.

Nos plus anciens instructeurs, qui doivent être autour de 25 ans de pratique me semble-t-il (en France), ont aussi évolué et suivent les enseignements actuels de Maître Hatsumi et non les enseignements d’il y a presque 18 ans maintenant. C’est une certitude !

Il est connu aujourd’hui que le ninjutsu se compose au minimum de 18 apprentissages différents (et voir bien plus selon les écoles). Dans les clubs enseignants le Bujinkan, nous pouvons dire que nous étudions le plus souvent, un maximum de 6 des 18 apprentissages :

  • le tai jutsu (combat à mains nues),
  • le ken jutsu (escrime au sabre),
  • le bo jutsu (escrime au bâton),
  • le shuriken jutsu (lancer de lames),
  • le yari jutsu (escrime avec lances)
  • le naginata jutsu (escrime avec hallebarde).

Pouvons-nous dire qu’en apprenant qu’une si petite partie de ce qui compose le ninjutsu, nous le pratiquons réellement ?

Le fait d’appeler notre discipline, « ninjutsu » ou encore « ninjutsu du Bujinkan » n’est-il pas réducteur, puisqu’il s’agit seulement de 3 écoles sur les 9 qui la compose ?

Au sein de la Fédération Française du Sport Travailliste (FFST), les dojos du Bujinkan ce sont regroupé sous la nomination « ninjutsu » depuis 2012. Mais ne devrait-ils pas être regroupés plutôt sous le nom réel de la discipline, le « Bujinkan Budo Taijutsu » ?

L’appellation « ninjutsu » n’est-elle pas employé à toutes les sauces aujourd’hui ? Est-ce simplement une dérive à but commercial ? Cela ne porte-t-il pas un discrédit sur le Bujinkan ?

Beaucoup pratiquent sans se poser de question, et disent pratiquer le « ninjutsu », parcequ’il en a toujours était ainsi, depuis qu’ils sont arrivés dans la discipline et qu’ils l’ont toujours entendu. Pourquoi pas, j’ai été de ceux-ci jusqu’à maintenant.

Hors passionné par le « Bujinkan Budo Taijutsu », j’essaye maintenant d’aller plus loin que le seul apprentissage technique. Il en découle quelques questions légitimes, en observant ce qui se passe autour de notre discipline et de son passé.

Je sais que ce texte risque d’être un pavé dans la marre pour certains, mais je crois qu’il serait bien, d’être honnête envers nous même, concernant ce que nous pratiquons. Et de se poser les bonnes questions pour faire progresser le Bujinkan dans un sens positif.

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu

——————————————————–
Rajout du 08  novembre 2014
——————————————————–

Voici une série de vidéos, d’interviews en provenance de l’Université de Mie au Japon.

Elles complètent la première vidéo du Professeur Yamada, posté lors du « rajout du 05 janvier 2014 ».

——————————————————–
Rajout du 05  janvier 2014
——————————————————–

Voici une vidéo, présentant une interview du Professeur Yamada. Directeur de recherche à l’Université de Mie au Japon.

Il explique notamment ce qu’est le Ninjutsu pour les Japonnais. Et à mon sens, il n’y a pas mieux placer pour en parler, que les Japonnais eux mêmes.

——————————————————–
Rajout du 15 octobre 2013
——————————————————–

Un peu de sémantique Japonnaise :

« Ninjutsu » est un terme apparu au 17 ème siècle, période d’Edo où les ninjas disparaissent. On parlait plutôt avant de shinobi no jutsu (même termes mais avec une lecture différente du kanji shinobi).

« Ninpô » est un terme également apparu à Edo et se rattache aux représentations du ninja dans le théâtre kabuki et les estampes de cette époque. J’ai demandé à Mr.Kawakami qui m’a dit avoir lu un document ancien où le terme « 忍法 »est écrit, mais il est peu probable que ça se lisait « ninpô » et le sens en serait alors également différent.

Guillaume Lemagnen (chercheur à l’université de Mie au Japon)