REFLEXION BUJINKAN

Les réflexions d'un Shidoshi-Hô


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La relation entre le Bujinkan et la MTC

Quel peut être le rapport entre le Bujinkan Budô Taijutsu et la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) ?

Le Bujinkan étant Japonnais, pourquoi parler de médecine Chinoise ?

Je vais essayer de vous montrer l’importance dans le Bujinkan, d’avoir un minimum de connaissance sur cette médecine dites parallèle.

Beaucoup de pratiquants d’arts martiaux, qui ont voulu un jour approfondir leurs connaissances. Se sont retrouvés à pousser les portes de formations dans le domaine de la Médecine Traditionnelle Chinoise ou de ses dérivés.

Il faut savoir que les médecines parallèles utilisés au Japon sont des dérivées de la MTC.  Qu’elles ont toutes (à ma connaissance) les mêmes principes et que seul les noms changent d’un pays à l’autre. La Médecine Japonaise Traditionnelle n’est qu’une adaptation de la Médecine Traditionnelle Chinoise à la culture nippone.

La MTC se compose de plusieurs domaines de compétences, que sont :

  • l’acupuncture et la moxibution
  • le massage (Tuina)
  • la pharmacopée
  • la gymnastique de santé (Qi Qong)

La même chose existe au Japon avec des noms différents (Shinkyu, Koho Igaku, Kiko). Il y a aussi des dérivés, demandant un apprentissage moins poussé, qui travaillent sur les mêmes principes énergétiques et dont les noms sont plus connues (Reiki, Do In, Shiatsu,…).

Aujourd’hui, je ne traiterai pas des principes de fonctionnement de la MTC. Ni ne ferais une introduction à son étude (je n’ai d’ailleurs pas la prétention d’en être capable). C’est pourquoi, on s’arrêtera à une simple présentation de ce qu’est la Médecine Traditionnelle Chinoise.

Mais je dois signaler l’un des principes fondamentaux, auxquels se référent toutes ces disciplines : les méridiens. Il s’agit de chemins énergétiques, parcourus par un léger courant électrique. Sur ces méridiens, se trouvent des points (d’acupuncture) pouvant avoir quelques effets physiologiques, neurologiques ou de régulation des énergies selon l’utilisation qui en est faites.

Ce sont ces utilisations/réactions qui vont nous intéressé dans la pratique des arts martiaux.
Dans le Bujinkan Budô Taijutsu, ces fameux points, sont appelés « Kyusho ».

Jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai cité à pu vous paraître totalement étranger, mais vous allez voir, que maintenant tout va prendre un sens (enfin j’espère).

Bien sûr, je ne présenterai pas tous les Kyusho utilisables, mais juste quelques uns à titre d’exemple.

Dans notre discipline, on aime à utiliser un point nommé « Jinshu » (« 26 Du Mai – Ren Zhong » ou encore « Hadome » suivant les différents schémas de points), qui se trouve juste sous le nez. Beaucoup de professeur au Bujinkan, démontre son efficacité en mettant juste un doigt dessus et en demandant à l’élève d’avancer.

On s’aperçoit alors que l’élève ne peux pas avancer, même en y mettant toute sa bonne volonté. Pourquoi ?

En MTC, le lien se fait directement, puisque c’est un point où se croisent différents méridiens (chemins énergétiques) et qui à un rôle dans l’harmonisation des énergies (réanimation ou perturbation).

Physiologiquement, c’est une région avec beaucoup de passages nerveux, ce qui permet avec une frappe assez puissante, de provoquer un K.O. ou des spasmes via l’agression des nerfs.

Nous pouvons aussi travailler avec un autre Kyusho, qui s’appelle « Dokko » (« 17 Triple Réchauffeur – Yi Feng » ou « Yugasumi »), qui lui se trouve derrière et vers le bas du pavillon de l’oreille. Souvent nous l’utilisons des deux cotés en même temps (oreille droite et oreille gauche).

En MTC, il y a encore une fois des ramifications avec d’autres méridiens (chemins énergétiques). Ce qui est souvent le cas pour les points les plus efficaces.  Il a un rôle dans les soins/défaillances auriculaires, ophtalmiques et de la face (douleurs dentaires, mâchoire, gonflements de la joue,…).

Physiologiquement, il provoque une douleur irrésistible à la pression et capte totalement l’esprit de celui qui le subit. Selon la direction et la force de l’appui, ce Kyusho peut être dangereux et c’est pourquoi à l’entraînement, il ne doit jamais être frappé.

C’est également un des points les plus connu des forces de l’ordre pour contrôler (relever) une personne récalcitrante. Dans le Bujinkan, nous l’utilisons le plus souvent,  au sol pour retourner uke sur le ventre.

Ils existent des Kyusho qui aideront à déplacer plus facilement un membre par des mouvements réflexes (enlèvement d’un point d’appui d’une jambe par exemple), provoquer une douleur importante ou pousseront à la perte d’équilibre, c’est pourquoi ils sont vraiment utiles. Ceux que nous apprenons dans le Bujinkan Budô Taijutsu ne nécessite pas de préparation particulière pour avoir une efficacité (c’est à dire, pas de frappes sur d’autres Kyusho au préalable).

Certains professeurs diront qu’il ne faut pas se soucier des Kyushos et de leurs localisations, que seule la technique compte. Voir certains (parfois hauts gradés) avoueront qu’ils ne les connaissent pas et qu’ils les créés par leurs frappes (via la douleur).

Mais à mon sens, les connaître et les utilisés est un plus dans notre pratique. Car il rajoute en efficacité tout en restant dans l’esprit de la non force.

Les frappes, dispersant la force d’impact autour de la zone touchée (même à force réduite lors de l’entraînement), il n’y a pas besoin de taper précisément sur le Kyusho, mais dans sa zone proche.

Je crois avoir fait le tour de la question, toute en ne rentrant pas trop dans les détails. Sans doute pas assez pour certains et déjà trop pour d’autres.

Ce n’est pas un sujet souvent aborder dans le Bujinkan, mais il me semblait important d’exposer ma vision des choses concernant ce sujet. L’étude des schémas (planches) de Kyusho n’étant parfois pas suffisantes dans notre discipline et pourtant en faisant partie intégrante .

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu

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Je me permets de rajouter après coup, un lien vers un article qui est intéressant et en rapport avec notre sujet :

– Pourquoi apprendre l’Anma lorsque l’on pratique sérieusement un art martial ? (Rokudai Dojo Aix)

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Le Taijutsu

Ce mot de « Taijutsu », que vous évoque-t-il ?

Les techniques de combats à mains nues me direz-vous ?!
Et bien vous aurez raison !

Essayons de pousser un peu plus notre réflexion sur ce mot.

C’est donc un terme générique, qui désigne les techniques à mains nues. Il faut savoir, que les mots « Taijitsu » et « Tai-Jitsu » sont exactement la même chose. L’origine de cette différence, viens simplement d’un défaut de prononciation des caractères Japonais, lors de leurs diffusions dans le monde. Ces trois mots s’écrivent de la même façon (au Japon).

Donc dans d’autres disciplines que le Bujinkan Budô Taijutsu, si vous entendez ces mots, ne soyez pas perdu. Il s’agit des techniques de combats à mains nues. Qui à l’origine étaient rattachées à chaque Ryu-Hâ (école traditionnelle).

Ce défaut de prononciation, se retrouve dans d’autres mots, comme par exemples Jûjutsu, Jûjitsu, Jû-jitsu ou de Jiû-jitsu. Si vous entendez un de ces quatres mots, il s’agira du combat rapproché.

Le Taijutsu se composent de trois groupes de techniques :

  • Le Dakentaijutsu
  • Le Jutaijutsu
  • Le Taihenjutsu

Le « Dakentaijutsu » est l’ensemble des techniques, à bases de blocages et de coups frappés sur certaines localisations du corps humain. Ces localisations peuvent être osseuses (Koppōjutsu), musculaires (Koshijutsu) ou sur le circuit énergétique/nerveux (Kyushojutsu).

Le « Jutaijutsu », rassemble les techniques de projections, de contrôle, de clefs et de luxations.

Et enfin, le « Taihenjutsu » comprend tous ce qui concerne le corps en lui-même. C’est à dire les déplacements, les roulades et les brises chutes, les évasions, les postures, etc.

On remarque lorsque l’on décrit ces différents groupes, que le Dakentaijutsu se rapproche du Kenpô (combat pied-poing, ancêtre du Karaté). Le Jutaijutsu se rapproche du JûJutsu (combat rapproché, ancêtre du Judo) et que le Taihenjutsu concerne tous ce qui est en rapport étroit avec le pratiquant et son corps.

Mais alors pourquoi notre discipline, qui s’appelle « Bujinkan Budô Taijutsu », ne comporte-t-elle pas que du combat à mains nues ? Pourquoi ce nom de Taijutsu dans la nomination de notre discipline ?

Voici une bonne question, à laquelle, je ne peux qu’élaborer des théories (en tout cas, à mon niveau).

Le « Ten Chi Jin » (programme technique officiel de Soke Masaaki Hatsumi) quand on le regarde, ne comporte que des techniques à mains nues. C’est ce programme, qui fait référence pour l’apprentissage des bases du Bujinkan jusqu’au 1° Dan. D’où, je suppose le nom de Taijutsu ?!

Bien qu’il est courant d’étudier les différentes armes, dès le début de notre pratique et avant de maîtriser les bases du Ten Chi Jin correctement. Il ne faut pas perdre de vue, que les armes se travaillent avec les mêmes principes que le Taijutsu. Il est donc important de les connaître pour pouvoir pratiquer correctement avec. Il faut noter, malgré tout, que chaque arme à sa propre spécificité lorsqu’on l’utilise (distance, postures,…).

Mais pourquoi, n’y a-t-il pas d’enseignement avec les armes dans le programme officiel de Soke ? Peut-être que dans son esprit, les armes ne sont qu’un outil servant à améliorer notre Taijutsu ou bien il estime, que c’est un travail qui doit venir plus tard, une fois les bases suffisamment acquises ?

Voilà, une courte réflexion et quelques questionnements, qui me semblent intéressants…
Peut-être que quelqu’un sera en mesure de nous donner des réponses ?!

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu