REFLEXION BUJINKAN

Les réflexions d'un Shidoshi-Hô


15 Commentaires

L’origine du « Ten Chi Jin Ryaku no Maki »

On a tous entendu parlé du fameux « Ten Chi Jin Ryaku no Maki ». On le connait en France, comme le programme officiel du Bujinkan.

Cet article, ne sera pas forcement une affirmation de ce qu’est le « Ten Chi Jin Ryaku no Maki », mais plus une réflexion. Qui méritera d’être éclairé par nos plus anciens.

En parcourant le net, je suis tombé sur des « on dit » très différents, concernant l’origine de ce programme. C’est ce qui m’a décidé à écrire cet article.

D’ailleurs est-ce vraiment un programme technique à la base ?

Les différentes versions que j’ai pu rencontrer au gré des différents forums et sites Internet sont les suivantes :

  • Il aurait été fait par Soke Hatsumi Masaaki, qui l’aurait imposé comme programme pour l’étude du « Bujinkan Ninpô Taijutsu » (et oui, ça remonte loin, avant 1995, année où l’appellation a changé en « Bujinkan Budô Taijutsu »).
  • Il y a aussi le bruit, que se serait Philippe Barthélémy qui l’aurait produit et imposait dans son école dans les années 1980.
  • Ou que se serait un produit purement commercial et franco-français.

Je m’en tiendrai à ces trois bruits de couloirs, qui sont la majorité, de ceux que l’on retrouve sur le net francophone. Bien que je suis sûr qu’il doit en avoir d’autres, sur lesquelles je ne suis pas encore tombés.

Chacun prêche pour sa paroisse, selon son école et ce qu’il entend depuis toujours, rien de plus normal. Mais ce qui m’intéresse, c’est de remonter à la réalité des choses.

Alors, il me semble avoir trouvé l’origine du « Ten Chi Jin Ryaku no Maki ». Le nom, lui-même, viens des chapitres du livre « Togakure Ryu Ninpô » paru en 1981 (si je ne me trompe pas). C’est un livre écrit par Hatsumi Masaaki, qui présente des bases de travail, tout en photos.

Pourtant, on ne trouve que quelques pages à la fin du livre, semblant avoir un rapport avec le Togakure Ryu. 95% du livre, présente uniquement, les bases communes à toutes nos écoles (ou considéré comme tel, par tous les dojos enseignants le « Bujinkan Budô Taijutsu » actuellement).

D’après certaines discussions avec des Shihan. A l’époque, toutes les consignes de Soke, parvenaient aux Shidoshi et Shihan lors des commandes annuelles (cartes de la Shidoshi-Kai, patch Bujinkan,…) via le biais de photocopies. Mais Soke, n’en aurait pas fait un programme officiel, puisqu’il n’a pas communiqué auprès de ses Shidoshi et Shihan une information allant dans ce sens.

La forme que l’on connait aujourd’hui (une série de descriptifs, sans aucune photo et plutôt austère), semble être arrivée après la fin d’édition et la rupture de stock de cet ouvrage.

La similitude entre les deux, me fait dire, qu’il doit s’agir d’une copie du contenu du livre. Pour garder cet enseignement, qui paraissait intéressant pour l’apprentissage des écoles qui compose les disciplines issues du Takamatsuden.

Intéressant, parceque notre esprit occidental à besoin d’un fil conducteur dans l’apprentissage, d’un objectif prédéfini. Ce qui ne semble pas être le cas des Japonnais, qui on l’air de se poser moins de questions. D’être plutôt dans la mentalité « je fais ce que l’on me dit. Je verrai où le Maître veux m’emmener ».

Pourquoi existe-t-il 3 versions du « Ten Chi Jin Ryaku no Maki » ?
Sur ce point, je n’ai trouvé aucune information. Peut-être est-ce différentes interprétations/traductions de l’ouvrage à partir du Japonnais ? Ou est-ce dû a des nominations et des feelings techniques utilisés plus à certaines époques et moins à d’autres ?

J’avoue ne pas avoir, encore, pris le temps de regarder l’intégralité des 3 versions. Et je trouverai peut-être ma réponse une fois que je l’aurais fait.

Le premier à avoir sortie le premier « Ten Chi Jin Ryaku no Maki » sous sa forme actuelle, en version anglaise, serait Sveneric Bogsater vers 1990.

Ensuite de ces versions ont découlé une version franco-française, reprenant des éléments, mais légèrement différente du « Ten Chi Jin Ryaku no Maki » initiale. Il s’agit du « Protek » (PROgramme TEKnique) écrit par Arnaud Cousergue vers 1997. Comme il le dit lui même dans l’introduction, il s’agit de sa vision des choses sur le « Ten Chi Jin Ryaku no Maki » à moment T.

C’est à mon sens, un bon travail qu’il a fourni avec le Protek et c’est un des rares documents de travail qui existe en langue française.

Pour résumer, avec tous les faits en ma possession à ce jour. Le « Ten Chi Jin Ryaku no Maki » ne serait pas un programme officiel, malgré les bruits qui courent depuis des années (c’est ce que j’ai toujours entendu pour ma part). Et l’on doit bien sa création à Soke Masaaki Hatsumi, malgré que certains semble avoir essayé de faire croire le contraire à leurs élèves (je pense à Philippe Barthélémy). En tout cas si l’on considère son livre comme point de départ.

Par contre, n’oublions pas que pour notre esprit occidental, avoir un cheminement logique et une vision du but final à atteindre est important. C’est pourquoi, aujourd’hui, on parle d’un programme.

Mais chacun peux établir celui qu’il désire, tout en respectant l’enseignement de Soke Hatsumi Masaaki. Qui finalement peut-être aussi souple et diversifié, que doit l’être notre pratique.

De toute façon, quoiqu’il arrive, on passera toujours par les bases, et elles resteront toujours les mêmes.

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu

Publicités


20 Commentaires

Le Bujinkan et le Ninjutsu

Lorsque l’on parle de « ninjutsu » on fait souvent le rapprochement avec les différents ensembles d’écoles issues du Takamatsuden que sont le Jinenkan, le Genbukan et le Bujinkan.

Nous parlerons plus précisément du Bujinkan, cela va de soit, mais les réflexions et les questionnement qui suivent sont valables pour les deux autres disciplines.

Il est vrai que le Bujinkan se compose de 9 écoles d’arts martiaux différentes, dont 3 de ninjutsu. Il s’agit des écoles « Togakure Ryu Ninpo », « Gyokushin Ryu Ninpo » et « Kumogakure Ryu Ninpo ».

Il faut savoir que la principale des 3 écoles qui a été enseigné, fût le « Togakure Ryu Ninpo ». Ce fût d’ailleurs le thème de l’année 2008.

Toutefois est-ce que les pratiquants du Bujinkan, pratique le ninjutsu ?

Pour se faire une vague idée d’une réponse, il faut d’abord replacer certaines réalités et certains contextes.

Hatsumi Masaaki Soke, lorsqu’on lui a posé la question,  a dit ne plus enseigner le ninjutsu depuis plus de 15 ans. Lorsqu’il a tenu ces propos, cela correspondait au changement de nomination du Bujinkan.

Notre discipline a évolué avec le temps. Elle c’est nommé « Bujinkan Ninpo Taijutsu » pour enfin aboutir vers 1995-1996 à l’actuel nom de « Bujinkan Budo Taijutsu ».

Ce qui est sûr c’est qu’à l’heure actuelle, nous sommes tous diplômé de « Bujinkan Budo Taijutsu » et pas d’autre chose sur nos diplômes délivrés au Japon par Masaaki Hatsumi Soke.

Aujourd’hui, quand on parle de l’école « Togakure Ryu », c’est surtout par rapport à des principes ou des déplacements applicables par transposition aux 8 autres écoles que nous apprenons. Peu de dojos pratiquent les techniques contenues dans cette école qui comprend aussi la grimpe et la dissimulation.

Nos plus anciens instructeurs, qui doivent être autour de 25 ans de pratique me semble-t-il (en France), ont aussi évolué et suivent les enseignements actuels de Maître Hatsumi et non les enseignements d’il y a presque 18 ans maintenant. C’est une certitude !

Il est connu aujourd’hui que le ninjutsu se compose au minimum de 18 apprentissages différents (et voir bien plus selon les écoles). Dans les clubs enseignants le Bujinkan, nous pouvons dire que nous étudions le plus souvent, un maximum de 6 des 18 apprentissages :

  • le tai jutsu (combat à mains nues),
  • le ken jutsu (escrime au sabre),
  • le bo jutsu (escrime au bâton),
  • le shuriken jutsu (lancer de lames),
  • le yari jutsu (escrime avec lances)
  • le naginata jutsu (escrime avec hallebarde).

Pouvons-nous dire qu’en apprenant qu’une si petite partie de ce qui compose le ninjutsu, nous le pratiquons réellement ?

Le fait d’appeler notre discipline, « ninjutsu » ou encore « ninjutsu du Bujinkan » n’est-il pas réducteur, puisqu’il s’agit seulement de 3 écoles sur les 9 qui la compose ?

Au sein de la Fédération Française du Sport Travailliste (FFST), les dojos du Bujinkan ce sont regroupé sous la nomination « ninjutsu » depuis 2012. Mais ne devrait-ils pas être regroupés plutôt sous le nom réel de la discipline, le « Bujinkan Budo Taijutsu » ?

L’appellation « ninjutsu » n’est-elle pas employé à toutes les sauces aujourd’hui ? Est-ce simplement une dérive à but commercial ? Cela ne porte-t-il pas un discrédit sur le Bujinkan ?

Beaucoup pratiquent sans se poser de question, et disent pratiquer le « ninjutsu », parcequ’il en a toujours était ainsi, depuis qu’ils sont arrivés dans la discipline et qu’ils l’ont toujours entendu. Pourquoi pas, j’ai été de ceux-ci jusqu’à maintenant.

Hors passionné par le « Bujinkan Budo Taijutsu », j’essaye maintenant d’aller plus loin que le seul apprentissage technique. Il en découle quelques questions légitimes, en observant ce qui se passe autour de notre discipline et de son passé.

Je sais que ce texte risque d’être un pavé dans la marre pour certains, mais je crois qu’il serait bien, d’être honnête envers nous même, concernant ce que nous pratiquons. Et de se poser les bonnes questions pour faire progresser le Bujinkan dans un sens positif.

Cédric VARESANO
Shidoshi-hô du Bujinkan Budô Taijutsu

——————————————————–
Rajout du 08  novembre 2014
——————————————————–

Voici une série de vidéos, d’interviews en provenance de l’Université de Mie au Japon.

Elles complètent la première vidéo du Professeur Yamada, posté lors du « rajout du 05 janvier 2014 ».

——————————————————–
Rajout du 05  janvier 2014
——————————————————–

Voici une vidéo, présentant une interview du Professeur Yamada. Directeur de recherche à l’Université de Mie au Japon.

Il explique notamment ce qu’est le Ninjutsu pour les Japonnais. Et à mon sens, il n’y a pas mieux placer pour en parler, que les Japonnais eux mêmes.

——————————————————–
Rajout du 15 octobre 2013
——————————————————–

Un peu de sémantique Japonnaise :

« Ninjutsu » est un terme apparu au 17 ème siècle, période d’Edo où les ninjas disparaissent. On parlait plutôt avant de shinobi no jutsu (même termes mais avec une lecture différente du kanji shinobi).

« Ninpô » est un terme également apparu à Edo et se rattache aux représentations du ninja dans le théâtre kabuki et les estampes de cette époque. J’ai demandé à Mr.Kawakami qui m’a dit avoir lu un document ancien où le terme « 忍法 »est écrit, mais il est peu probable que ça se lisait « ninpô » et le sens en serait alors également différent.

Guillaume Lemagnen (chercheur à l’université de Mie au Japon)